A la chasse aux cabinettards
Selon le MR, le budget des cabinets des ministres bruxellois a augmenté de 30 % entre 1999 et 2008. Et ce à compétences égales. Attention sujet tabou. La députée bruxelloise Béatrice Fraiteur (MR-FDF) les aura pourtant comptées plusieurs fois, elle n’a obtenu que deux réponses des ministres et secrétaires d’Etat bruxellois à sa question posée le 6 octobre dernier concernant la taille des différents cabinets ministériels. Bruno De Lille (Groen !), le secrétaire d’Etat à la Mobilité et à la Fonction publique compte ainsi 27 collaborateurs, tandis que Jean-Luc Vanraes (Open-VLD), ministre du Budget et des Finances, s’appuie sur un cabinet totalisant 38 temps pleins et 5 temps partiels. Parmi les employés du cabinet Vanraes, on retrouve, entre autres, quatre chauffeurs, ainsi que six employés temps pleins (plus trois partiels) pour les compétences du ministre à la VGC et à la Cocom. Beaucoup trop, selon trois élus MR (Marion Lemesre, Vincent De Wolf et Béatrice Fraiteur) qui ont déposé une proposition de résolution au parlement régional dans "l’espoir que l’équipe Picqué mette de l’ordre dans ce domaine en toute transparence".
"Au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou au Danemark, les ministres s’entourent d’un petit nombre de conseillers politiques, mais ils ne disposent pas d’un cabinet à proprement parler", explique Marion Lesmere. Un cabinet ? En voici la définition des trois députés réformateurs : "c’est une cellule spécifique et partisane, hors hiérarchie administrative, composée de plusieurs dizaines de membres désignés intuitu personae par le ministre ou son parti et appelées à disparaître le jour où le ministre quitte sa fonction". A l’heure où plusieurs gouvernements européens "se passent fort bien de ses cabinets", la Région bruxelloise irait ainsi à contre sens. "Dans sa déclaration, le gouvernement bruxellois dit vouloir être un modèle de bonne gouvernance. C’est du pipeau puisqu’il n’est même pas possible de connaître le nombre de personnes travaillant dans les cabinets", fustige Vincent De Wolf. Le bourgmestre d’Etterbeek sort toutefois quelques chiffres de sa poche : "entre la fin de la législature 1999-2004 et 2008, les dépenses de cabinet ont augmenté de 30 %, pour atteindre 24,5 millions d’euros en raison de l’explosion du nombre de conseillers autorisés par cabinet (alors que les compétences demeuraient égales) : 13 au lieu de 4 conseillers et de 5 attachés auparavant. Le cabinet du ministre-président a été dédoublé, passant ainsi de 15 à 30 conseillers de niveau 1". "Un sommet jamais atteint à Bruxelles", selon les députés MR qui précisent que Charles Picqué disposait d’un cabinet "nettement supérieur "à celui du premier ministre du gouvernement fédéral belge. "Même en annonçant une diminution des frais de fonctionnement des cabinets de 10 %, le gouvernement actuel dépense toujours 24 % de plus qu’en 2004", précise Vincent De Wolf.
Outre une augmentation des frais de personnel, il aura ainsi fallu louer sur le marché immobilier des locaux supplémentaires, "ce qui a eu des conséquences budgétaires non négligeables", selon le trio MR. "Le cabinet de Bruno De Lille dispose, par exemple, d’un magnifique paysager au sein du Botanique Building, ajoute Vincent De Wolf . Mais à l’intérieur, c’est le désert. 2/3 des bureaux sont vides. C’est un énorme gaspillage !" Pour Marion Lesmere, c’est le "flou total." "La composition et le fonctionnement des cabinets sont régis par un arrêté adopté par le Gouvernement de la Région bruxelloise. Il n’est pas sain que le Gouvernement fixe ses propres règles". Dans sa proposition de résolution, le MR veut ainsi obtenir l’instauration d’un guide des bonnes pratiques de gouvernance, une délimitation des tâches des cabinets et de l’administration, une communication au parlement chaque année du détail des dépenses du gouvernement, ainsi que des dépenses des missions à l’étranger. "Sans compter que ces missions à l’étranger sont bien souvent financées par des pararégionaux. Il faut plus de clarté là-dessus", conclut Marion Lesmere. Raphaël Meulders
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